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Politique Vs Marché : qui gagnera ?

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Ce matin, au réveil, on apprend que l'euro est au plus bas depuis 2006. Il y a un plus d'un an déjà, avec le décrochage de toutes les places boursières, on nous assurait qu'on vivait la plus grave crise depuis celle de 1929. Pourtant, depuis quelques jours, on a le drôle de sentiment que tout recommence. Les bourses sont à nouveau en train de décrocher de façon vertigineuse. Elles sont en baisse sur tous les continents et notre monnaie est attaquée de toute part. Les politiques seraient-ils impuissants face aux marchés, face aux forces de l'argent ? Plusieurs responsables européens se veulent malgré tout rassurants... Mais qu'en pensent vraiment les gens ? Comment, chacun d'entre nous, vit-il au quotidien ces annonces économiques toujours plus sombres, toujours plus catastrophistes ? Il y a un an, on vivait la « Grande Crise » (comme il y eut la « Grande Guerre », la « Grande Peste »...), après on nous annonce, il y a quelques semaines, une « sortie toute proche », une « reprise qui se précise »...et badaboum ! Terminé ! Depuis une semaine rien ne va plus. A qui la faute ? Aux spéculateurs on nous dit. Mais alors que fait le politique ? Qui donne les orientations, fixe des règles, propose une conduite, sanctionne les contrevenants, encourage les audacieux et les entreprenants, protège les plus faibles ? Oui, qui ? Pour moi ce doit être le politique, mais peut-être est-ce naïf ?

J'ai le sentiment que ce énième épisode économico-financier est le psychodrame de trop. Les gouvernements parlent de régulation, mais ne changent rien au système financier qui génère crise sur crise et pousse à la banqueroute la Grèce, l'Islande, et peut-être d'autres à venir. Drôle d'impression, comme un sentiment diffus que le politique a abdiqué. Veut-il et peut-il reprendre le pouvoir ?

Je pense qu'il le peut, mais il faudrait que les gouvernants assument leur rôle sans laisser la spéculation opérer en toute impunité. Car le problème se situe bien là, dans l'absence de règles internationales permettant de réguler la finance. Car actuellement, les opérateurs boursiers font des bénéfices colossaux de l'asphyxie financière de pays entiers (avec les destructions  d'emplois et drames humains qui s'en suivent). Le système étant pervers, ils ont tout intérêt à ce que les crises soient plus profondes pour que le rebond soit plus fort et donc les bénéfices plus colossaux ! Car pour eux, le pire serait qu'il n'y ait ni bulle, ni crise. Or, il faudrait que certaines pratiques soient interdites à l'échelle mondiale pour que l'efficacité de la spéculation soit stoppée. Cela est possible, par exemple début mars, Michel Barnier, Commissaire européen en charge du Marché intérieur, était justement porteur d'un projet de régulation pour encadrer les financiers opérant en Europe. L'idée était d'imposer certaines règles aux opérateurs pour que « le marché soit au service d'un projet de société», car « les marchés ne peuvent être une réponse », avait-il affirmé. Je pense aussi que la solution est quelque part par là. Il faut que le politique reprenne la main et régule les marchés, pas pour les détruire, mais pour les remettre à leur place face aux dirigeants élus et aux peuples.

Une lueur d'espoir tout de même dans ce bras de fer entre politiques et marchés. Au cours du week-end du 9 mai (où l'on fêtait d'alleurs la journée de l'Europe...), les dirigeants européens semblent avoir repris la main pour défendre l'euro, emmenés de façon énergique et volontariste par Nicolas Sarkozy. C'est bien, mais c'est toujours de façon défensive, à coups de centaine de milliards d'euros... D'ailleurs, là aussi, il faut bien l'avouer, pour beaucoup d'entre nous, ces montants ne veulent plus rien dire tant ils semblent virtuels et astronomiques. Mais, sans être un grand économiste, je ne vois pas bien comment les états pourraient sortir du gouffre en se fondant sur de simples logiques d'emprunts, tellement les dettes à rembourser semblent abyssales. Et que dire des objectifs annoncés de réduction de la dette publique dans tous les pays européens ? Ils paraissent virtuels eux aussi. Imagine-t-on que, pour un pays comme la France, les intérêts de la dette contractée il y a un an pour enrayer la "Grande Crise" vont absorber, à eux seuls, les bénéfices de la croissance économique des prochaines années... Quelles conséquences pour les générations à venir ? Que se passera-t-il lorsqu'explosera la prochaine crise (qui ne manquera pas d'arriver) si aucune autre solution n'existe que d'accroître encore la dette publique à chaque fois ? Quelle sera la légitimité des politiques s'ils ne parviennent pas à briser cette spirale de la dette, si les efforts de croissance ne servent qu'à rembourser des emprunts et donc fragiliser notre économie, si le retour à des fondamentaux économiques sains n'est envisagé qu'en creusant la fracture sociale ?

Voici toutes les questions que suscite cette énième crise financière. Il n'y a pas de solutions miracles, surtout pas d'évidences, ni de solution en « isme ». Je suis né en 1974, donc avec la crise. Je n'ai connu, comme tous ceux nés depuis, que ce mot : crise. Allons-nous en sortir un jour ? Je n'ai pas de réponse globale, mais je crois à la force de la volonté politique et humaine. Là où il y a la volonté, il y a un chemin. Prenons le avant que nos concitoyens ne désespèrent et renforçons l'Europe politique avant qu'elle ne s'éffondre.

Commentaires

  • Bien que ne comprenant pas réellement le sujet, le fonctionnement et l'utilité de la bourse, le pouvoir d'achat, les crises économiques, la valeur de l'argent... Ton article m'a beaucoup intéressé et même si cela reste bien flou pour moi, ce sont des choses qui commencent un peu à me parler (et que je pourrais, sans doute, mieux comprendre si je m'informais plus). Cet article titille des choses dont j'ai entendus parler et qui évoque des questions que je me pose, comment est-ce qu'on peut créditer une valeur à de l'argent qui n'existe que par les chiffres inscrit sur l'écran d'un ordinateur ? Comment peut-on se laisser emporter et ne plus maitriser le prix de produits dont la valeur a été attribué par l'Homme ? Sans doute ce problème d'ordre mondiale est comme beaucoup d'autres, c'est-à-dire, sans réelle solution... Enfin bref, tout cela n'est pas très brillant et encourageant pour la France, le monde de demain ! Mais cela pourrait sans doute être bien pire.

  • En ce qui concerne la situation grecque et la baisse de l'Euro, les financiers ne peuvent être mis en cause. Quand une entreprise ne peu plus payer ses dettes, elle mise ne règlement judiciaire...c'est un peu la même chose pour les états qui ne cessent de s'endetter et qui ont accumuler une dette faramineuse. C'est de la responsabilité des gouvernement d'équilibrer leurs dépenses en fonction de leurs recettes. Alors que vous êtes sans doute nombreux à établir votre déclaration d'impôts en cette fin de mois de mai, prenez le temps de lire le courrier "Budget 2010" : 270,5 milliards de recettes et 149,2 milliards d'euros de déficit !!

    En Irlande, Angleterre, Espagne et au Portugal la situation est encore pire.. alors, je trouve normal que les agences de notation dégradent leurs évaluations pour ces pays d'Europe et que l'euro soit dévalué par rapport aux autres monnaies car, n'oublions pas que si l'évolution des PIB européens stagne ou régresse celle des pays émergents (BRIC) est en forte progression.

    Dans ces conditions, je ne serai pas surpris que la note attribuée à la France soit dégradée si notre gouvernement et l'ensemble des partenaires sociaux soient dans l'incapacité de présenter et soutenir un budget 2011 en nette amélioration. Car dans le cas contraire, notre taux d'endettement approcherait plus que dangereusement 100 % de notre PIB.

    Pour en savoir plus vous pouvez lire mon billet "Vous avez dit déficits ?" sous http://jcmorand.blogspot.com/2010/05/vous-avez-dit-deficits.html ainsi qu'un interview de Jacques ATTALI sous http://jcmorand.blogspot.com/2010/05/jaques-attali-crise-ne-fait-que.html

  • En complément de mon commentaire de ce matin, je viens de découvrir un interview de Joseph STRIGLITZ, Prix Nobel d'économie sur Le Monde.

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/05/22/joseph-stiglitz-l-austerite-mene-au-desastre_1361520_3234.html

  • Merci Jean-Claude pour ces contributions enrichissantes pour le débat

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